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Rencontre avec matali crasset : « Prendre un autre point de vue, faire un pas de côté, voilà ce qui m’intéresse »

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Crédit photo: Pascal Monary

Connaissez-vous matali crasset ? Si oui, vous devez imaginer l’état dans lequel nous étions à l’idée de pouvoir l’interviewer. Si non, alors ce billet tombe à pic puisqu’elle est, parmi les designer français contemporains, l’une des plus reconnues.

Si elle se destinait d’abord au marketing, matali a rapidement trouvé sa voie dans le design. Après avoir collaboré avec Starck, elle monte sa structure et n’a eu de cesse, depuis, de développer des projets éclectiques, de l’architecture d’intérieur, à la création d’objets du quotidien, en passant par le mobilier et la scénographie. Tous ces travaux ont néanmoins un point commun: l’observation des pratiques ordinaires et la remise en cause des principes d’organisation habituels. Pas étonnant donc, que parallèlement à des projets d’envergure, elle collabore avec des marques plus grand public et ancrées dans notre quotidien: un kit tricot pour Bergère de France, des stickers muraux pour Domestic ou encore des ustensiles de pâtisserie pour Alessi.

C’est dans le cadre de sa collaboration avec LU que nous avons eu la chance de la rencontrer. La designer a en effet relevé le challenge de créer des histoires en recyclant les emballages de Petit Beurre ! Ainsi est né l’Atelier des possibles, qui permet à tous de réaliser les personnages et objets sortis de l’imagination de matali à partir du fameux papier gaufré et des templates disponibles en téléchargement.
Forcément, un projet qui insuffle un peu de créativité dans le quotidien ne pouvait que nous plaire, et c’était sans compter sur les petits secrets d’ingéniosité dont on raffole, comme le fait que le petit beurre serve de gabarit pour certains pliages.

Mais trève de bla bla, place à l’interview !

♢ Quand avez-vous su que vous vouliez faire un métier créatif ?

ce métier s’est imposé à moi comme une révélation quand j’avais vingt et un ans. Dés lors tout était clair.

♢ Quelle est la création dont vous êtes le plus fière ?

Le projet du Hi hôtel a été une étape importante à plusieurs niveaux. Dans la relation avec mes commanditaires, Patrick et Philippe, le projet respire une confiance mutuelle, une imbrication de nos systèmes de pensée qui n’a cessé de se ramifier depuis dix ans maintenant. C’est une complicité intellectuelle toute dévouée à notre hôte qui vient passer quelque temps dans les structures imaginées pour lui, qui répondent à sa curiosité, qui font ressortir le meilleur de chacun. Avant le Hi hôtel, j’ai beaucoup expérimenté en créant des espaces éphémères. Grâce à Patrick et Philippe j’ai pu proposer des espaces expérimentaux qui montrent que la vie dans un hôtel est beaucoup plus riche si l’on dépasse les codes éculés de l’hôtellerie normalisée. L’hôtel est le lieu où la standardisation a été particulièrement forte, avec une norme internationale qui s’est imposée partout. Le Hi hôtel prend position en disant : venez avoir une expérience. C’est un lieu d’expérience personnelle et aussi un lieu d’interaction avec les autres grâce aux espaces communs qui favorisent la rencontre. On passe un bon moment en le passant avec d’autres personnes venant d’univers différents, ce qui va nous enrichir mutuellement. Le Hi hôtel se nourrit de cette diversité, comme un organisme vivant qui fluctue en fonction de ses habitants et qui s’en nourrit pour évoluer.

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Crédit photo: Simon Bouisson

Mais les projets des maisons sylvestres pour le Vent des forêts, l’école Le Blé en herbe dans le Finistère à Trébédan ou l’accompagnement de la société concrete by LCDA pour n’en citer que quelques uns sont tout aussi importants.

♢ Comment avez-vous abordé votre collaboration avec l’Atelier des Possibles ? Pouvez-vous nous en dire plus sur les objets que vous proposez de créer ?

Ce qui m’a intéressé dans ce projet, c’est l’idée de proposer autour d’un goûter qui est un temps partagé où la famille se réunit une activité et prolonger ce moment. Ma proposition est une formalisation possible d’un atelier ludique à partir du packaging. Il faut cependant envisager le projet comme une plateforme, une invitation à le prolonger en s’appropriant la forme – en la peignant, utilisant des gomettes… – ou à inventer en famille autre chose, et développer son imaginaire à partir des contraintes du packaging.

Il y a dans le rite du goûter une matière qui me semble essentielle : le fait premier d’être ensemble. C’est à partir de cette base que j’ai travaillée. Le projet est réussi pour moi non pas tant si les formes sont réalisées d’une manière parfaite mais plus si si d’autres sont créés un … c’est cette incitation, impulsion qui est l’essence du projet.

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♢ Quand vous réalisez un projet comme celui-ci, partez-vous d’une réflexion autour d’un concept posé sur papier ou expérimentez-vous directement la matière ?

Ici avec la matière même avec des formalisations, les contraintes de la matière sont très peu fortes d’autant qu’il ne fallait non plus ni colle, ni agrafe, ni ciseaux… les pistes retenues ont été celles qui ressemblaient le plus à des objets mais j’avais expérimenté des propositions plus ouvertes, à partir des spécificités de la matière, peut-être les découvrirons l’année prochaine

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♢ Pour rassembler vos idées et inspirations, êtes vous plutôt papier ou numérique ?

Pour expliquer ma méthode de travail, j’ai souvent expliqué que j’avais des champs dans la tête. Il y a des champs où poussent la même matière longtemps, d’autres qui sont inaccessibles, ou en jachère. Chaque champ représente un centre d’intérêt que je cultive inconsciemment au quotidien. Les projets réalisés les fertilisent tous. Dans la manière de penser je me sens assez proche de Bruno Munari. Son travail est sous-estimé. Il a fait tellement de livres qu’on le définit comme graphiste, trop peu d’objets pour être considéré designer, trop de tout pour être simplement un artiste… et il a trop travaillé avec les enfants pour être pris au sérieux… Le design n’est pas à un chemin unique de pensée. La porosité est une richesse. La vie bourgeoise a défini les espaces en les morcelant selon leur usage, le mobilier et les objets ont suivi ces usages. La vie urbaine et la rareté des espaces n’ont permis de remettre en cause ce modèle. Nos vies ont changé, mais la structure mobilière s’est fossilisée. Il y a déjà plus d’un demi-siècle Nanna et Jorgen Ditzel partagaient déjà cette réflexion : “Un jour, au début de l’année 1952, alors que Jorgen Ditzel et moi étions à notre travail, nous parlions d’éventuelles façons de progresser, loin des conventions. Est-ce qu’un meuble comprenant un canapé et deux fauteuils peut être la finalité de la création d’une ligne de meubles ? Nous avons compté le nombre de pieds soutenant les meubles de notre modeste salon et nous sommes arrivés jusqu’à environ 50. Puis nous sommes montés sur la table de la cuisine et là tout semblait complètement différent de ce point de vue-là. » Prendre un autre point de vue, faire un pas de côté, voilà ce qui m’intéresse, non pour être décalé mais pour envisager notre relation à l’autre et à l’espace dans sa richesse et sa diversité.

♢ Avez-vous un artiste (tout domaine confondu) que vous appréciez particulièrement ? Pourquoi ?

on pourrait citer Bruno Munari ou Oscar Niemeyer. Ici deux artistes pour lesquels l’art est la vie prend tout son sens ou plus exactement pour reprendre la phrase de Georges Filliou, l’art est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art.

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♢ Quel est le dernier truc « whaou » que vous avez vu ?

Wahou, c’est le hurlement du chat quand on lui marche sur la queue ?

♢ Pouvez-vous nous parler (sans forcément trop en dévoiler) des vos futurs projets ?

En parallèle du projet des maisons sylvestres pour le centre d’art rural le vent des Forêts dans la meuse dont la quatrième maison est en cours de construction, je viens d’achever un projet d’épicerie sociale et de restaurant pour l’université dont les premiers pilotes ont été installés à Toulouse et Orléans. Je viens également de réaliser un espace de co-working Hi lab à Nice.

Je continue à travailler sur des projets d’édition qui verront jour en avril 2014 au salon du Meuble de Milan.

L’exposition Voyage en uchronie sera présentée dans le cadre de designblock à Prague en octobre prochain.

Pour aller plus loin:
Le site de matali crassetL’atelier des possibles

Un grand merci à Lu, à l’agence Mad & Woman à l’origine du projet, à Céline, et a matali crasset pour sa disponibilité (mais si, la preuve qu’elle est sympa matali, elle rit à nos blagues ! !)

À propos de Marjorie

Illustration, CSS, mise en page, elle adore tout faire elle-même, surtout si c'est trop compliqué.

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3 Comments Write a comment

  1. Chouette interview! J’adore le travail de Matali Crasset, j’ai été ravie de la retrouver ici :)

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